À l’approche de l’élection présidentielle de 2025, le débat politique guinéen se durcit. Au cœur des discussions : la candidature controversée d’un acteur majeur de la scène politique qui refuse toujours de démissionner de l’armée tout en nourrissant des ambitions présidentielles. Une situation qui interroge profondément la nature même de la démocratie et de la République.
Une question de principe républicain
Dans toute démocratie moderne, la séparation entre le pouvoir militaire et le pouvoir civil constitue un pilier fondamental. L’armée a pour mission de défendre la nation, non de la gouverner. Lorsqu’un candidat à la magistrature suprême conserve son statut militaire, une question essentielle se pose : peut-on prétendre incarner l’État civil tout en restant lié à une institution armée ?
Pour de nombreux observateurs, ce refus de démissionner brouille les lignes et crée un dangereux précédent. Il alimente le soupçon d’une élection sous influence, voire d’une continuité du pouvoir militaire sous un vernis civil.
Ambition personnelle ou stratégie de domination ?
Les défenseurs de cette candidature évoquent la stabilité, l’autorité et l’ordre. Mais pour une large frange de l’opinion publique, cet argumentaire masque mal une volonté de conserver tous les leviers du pouvoir. Être à la fois arbitre et joueur, chef militaire et candidat politique, pose un sérieux problème d’équité dans la compétition électorale.
La campagne présidentielle devrait être un espace d’égalité entre candidats, où chacun affronte le verdict des urnes sans avantage institutionnel. Or, l’uniforme, les réseaux et l’autorité militaire pèsent lourdement dans la balance.
République civile ou pouvoir militarisé ?
Ce débat dépasse les personnes. Il engage l’avenir institutionnel du pays. La Guinée aspire-t-elle à une République véritablement civile, gouvernée par des lois et des institutions fortes, ou accepte-t-elle une normalisation du pouvoir militaire dans le jeu politique ?
L’histoire récente de l’Afrique montre que les confusions entre armes et politique fragilisent durablement les États, affaiblissent la confiance citoyenne et retardent l’enracinement démocratique.
Le peuple face à ses responsabilités
Au final, la réponse appartient au peuple. Mais encore faut-il que le débat soit posé clairement, sans intimidation ni tabou. Refuser de quitter l’armée tout en sollicitant les suffrages soulève une interrogation légitime que nul ne devrait esquiver.
Un débat nécessaire
Le Grand débat politique du samedi s’impose donc comme un espace crucial pour confronter les arguments, éclairer l’opinion et poser la question centrale : voulons-nous d’un président civil issu d’un processus équitable, ou d’un pouvoir maintenu par la force et l’uniforme ?
Le silence n’est plus une option. La démocratie exige des choix clairs, courageux et assumés.