À moins d’un mois du référendum constitutionnel, le président de la transition, Général Mamadi Doumbouya, a signé un décret instituant le Conseil Supérieur de Défense et de Sécurité Nationale (CSDSN). Officiellement, cet organe doit renforcer la planification stratégique et la sécurité nationale face aux menaces internes et externes. Mais le timing de sa création soulève de nombreuses interrogations et alimente des soupçons de motivations politiques.
Un outil sécuritaire présenté comme stratégique
Selon le décret, le CSDSN est placé directement sous l’autorité du président. Il regroupe les ministres clés et les chefs militaires et a pour mission de définir et coordonner la politique de défense et de sécurité du pays.
Doumbouya met en avant la nécessité de « doter la Guinée d’un dispositif réactif et prévoyant face aux menaces multiples : terrorisme, criminalité transnationale, cyberattaques et instabilité régionale ».
Sur le papier, rien d’anormal : de nombreux États disposent d’un Conseil de sécurité nationale. Mais en Guinée, la coïncidence avec la préparation du référendum de septembre suscite des doutes.
Pourquoi maintenant ? Les raisons politiques en filigrane
- Sécuriser le référendum et prévenir toute contestation
La création du CSDSN intervient alors que le climat politique est tendu : plusieurs partis majeurs (RPG et UFDG) viennent d’être suspendus pour « manquements administratifs », et une partie de la société civile dénonce une transition verrouillée.
En mettant en place un dispositif sécuritaire centralisé sous sa supervision, Doumbouya s’assure d’un contrôle direct sur les forces de défense et de sécurité pendant cette période sensible.
- Envoyer un message de fermeté à l’opposition
La nouvelle institution permet de rappeler que le pouvoir garde la main et dispose des moyens légaux pour empêcher ou réprimer toute tentative de déstabilisation. Cela peut dissuader des mobilisations de rue ou des contestations post-référendum.
- Renforcer son pouvoir exécutif avant une étape décisive
Pour ses critiques, le président de la transition cherche à consolider son contrôle de l’appareil sécuritaire pour affronter une échéance politique majeure qui conditionnera l’avenir de son régime.
Cette stratégie n’est pas inédite : de nombreux régimes de transition en Afrique ont renforcé leurs structures sécuritaires avant des votes contestés.
Une réforme institutionnelle, mais une lecture politique incontournable
Certes, le CSDSN peut être utile sur le long terme pour anticiper et gérer les menaces de manière coordonnée. Mais sa création à 28 jours du référendum donne un caractère éminemment politique à la décision.
De nombreux analystes et ONG craignent qu’il serve davantage à protéger le pouvoir en place qu’à renforcer durablement la sécurité nationale.
Conclusion : une mesure double tranchant
En instituant le CSDSN, Mamadi Doumbouya affiche une volonté de moderniser la politique sécuritaire du pays. Mais le calendrier choisi nourrit la suspicion d’une manœuvre destinée à verrouiller la transition et contrôler le processus référendaire.
Reste à savoir si cet outil sera un instrument de gouvernance républicaine durable, ou simplement une arme politique de circonstance, créée pour traverser une étape cruciale sans opposition.























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