Alors que la Guinée s’apprête à vivre l’investiture du président de la transition, le général Mamadi Doumbouya (GMD), une absence retient particulièrement l’attention de l’opinion publique : celle de Dr Faya Millimouno, président du Bloc Libéral (BL) et candidat déclaré à la présidentielle.
L’opposant a annoncé avoir pris un congé politique pour aller se reposer au village, au moment même où le pouvoir célèbre un acte majeur de la transition. Un choix lourd de sens.
Une absence qui n’a rien d’anodine
Dans un contexte où chaque geste politique est scruté, la décision de Dr Faya Millimouno de ne pas assister à l’investiture de GMD ne peut être interprétée comme un simple hasard ou une question personnelle. Elle s’inscrit dans une posture politique assumée.
Depuis plusieurs mois, le leader du Bloc Libéral critique ouvertement la conduite de la transition, qu’il juge éloignée de ses engagements initiaux. Pour Dr Faya, l’investiture du président de la transition ne repose ni sur un processus électoral, ni sur un consensus national clairement établi. Y prendre part reviendrait, selon ses proches, à légitimer une trajectoire politique qu’il conteste.
Un boycott politique déguisé en retraite symbolique
En choisissant le village plutôt que le palais, Dr Faya Millimouno envoie un message fort, à la fois symbolique et politique. Le village représente, dans l’imaginaire collectif guinéen, le peuple réel, silencieux, souvent marginalisé dans les grandes décisions nationales.

Ce retrait momentané peut ainsi être lu comme une manière de se reconnecter à la base populaire, mais surtout de marquer une distance nette avec les cérémonies du pouvoir. Une forme de boycott feutré, sans déclaration frontale, mais au message clair.
Une cohérence avec la ligne du Bloc Libéral
Le Bloc Libéral s’est toujours positionné en faveur d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel, par des élections crédibles et inclusives. Le parti dénonce régulièrement l’allongement de la transition, l’absence de calendrier électoral fiable et la restriction de l’espace politique.
Dans cette logique, participer à l’investiture de GMD serait perçu comme une contradiction politique. Dr Faya Millimouno semble donc privilégier la cohérence idéologique à la présence protocolaire.
Un message adressé au pouvoir et à l’opinion
L’absence de Dr Faya intervient dans un contexte déjà marqué par une faible mobilisation populaire et par l’absence de plusieurs chefs d’État étrangers. Elle vient renforcer l’idée d’un événement qui peine à fédérer au-delà du cercle institutionnel.
En se mettant volontairement en retrait, le candidat du Bloc Libéral adresse un double message :
– au pouvoir, pour signifier son désaccord avec la trajectoire actuelle de la transition ;
– à l’opinion publique, pour rappeler qu’une partie de la classe politique refuse toute normalisation sans légitimité électorale.
Une opposition silencieuse mais stratégique
Dr Faya Millimouno n’a pas choisi la confrontation directe. Il a opté pour le silence, le retrait et le symbole. Une stratégie qui peut s’avérer payante dans un contexte où le peuple, lui aussi, semble observer avec prudence et distance les actes du pouvoir.
En politique guinéenne, l’absence est parfois plus éloquente que la présence. Et le village, plus parlant que les tribunes officielles.