BGM News – Analyse institutionnelle
Le serment présidentiel n’est ni un slogan politique ni un simple acte protocolaire. Il constitue un engagement solennel, pris devant le peuple souverain, les institutions de la République et l’Histoire. En droit comme en morale politique, sa violation porte un nom précis : le parjure. En Guinée, cette notion longtemps théorique s’impose aujourd’hui au cœur du débat national.
Le serment : un acte juridique et moral
Prêter serment engage personnellement le chef de l’État à :
- respecter l’ordre constitutionnel ou la charte qui en tient lieu,
- gouverner dans l’intérêt général,
- se conformer aux limites et obligations librement acceptées.
Cet engagement n’est pas symbolique. Il fonde la légitimité du pouvoir. Sans respect du serment, l’autorité politique perd sa base morale et institutionnelle.
Quand l’engagement solennel est violé
La violation d’un engagement solennel intervient lorsque les actes posés par l’autorité investie contredisent clairement et durablement les promesses faites lors du serment. En Guinée, plusieurs faits sont régulièrement cités par les observateurs :
- non-respect des délais et principes de la transition,
- remise en cause des engagements de neutralité politique,
- restrictions des libertés publiques malgré les garanties initiales,
- instrumentalisation des institutions censées contrôler l’exécutif.
Ces violations répétées transforment le serment en formalité creuse, vidée de toute portée contraignante.

Le parjure : une faute politique majeure
Le parjure ne se limite pas à un mensonge ordinaire. Il s’agit d’un mensonge solennel, prononcé en pleine conscience devant la nation. Dans les démocraties établies, il entraîne :
- la perte immédiate de crédibilité politique,
- des conséquences juridiques ou institutionnelles,
- parfois la démission ou la destitution.
En l’absence de mécanismes de sanction, le parjure devient un outil de gouvernement, ce qui constitue un danger grave pour l’État de droit.
L’impunité comme système
Le problème central n’est pas uniquement la violation du serment, mais l’absence totale de reddition de comptes. Lorsque :
- les institutions valident des engagements déjà trahis,
- les contre-pouvoirs sont réduits au silence,
- la justice devient spectatrice ou accompagnatrice,
le parjure cesse d’être une exception et s’installe comme norme politique.
Une rupture entre le peuple et la parole publique
Pour le citoyen, la conséquence est immédiate :
la perte de confiance. Quand la parole présidentielle n’engage plus, c’est l’ensemble de la parole publique qui se délite. Le scepticisme remplace l’adhésion, la résignation remplace l’espérance.
Un État ne peut se construire durablement sur des engagements sans valeur.
Un avertissement pour l’avenir de la Guinée
L’histoire politique enseigne que les nations ne sombrent pas uniquement par des crises spectaculaires, mais par l’érosion progressive du droit et de l’éthique publique. Le parjure, lorsqu’il est toléré ou répété, fragilise les fondements mêmes de la République.
La Guinée est aujourd’hui confrontée à une question essentielle :
la parole de l’État a-t-elle encore un sens ?
Tant que le serment ne sera pas respecté, protégé et sanctionné en cas de violation, la démocratie restera une promesse sans crédibilité.























Discussion about this post