ANALYSE — Moins visible qu’au lendemain du coup d’État de 2021, le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, continue officiellement de concentrer l’essentiel des leviers institutionnels. Mais l’évolution récente du fonctionnement du pouvoir à Conakry révèle une redistribution progressive des rôles au sein du premier cercle politico-militaire, sur fond d’attentes croissantes autour du calendrier de retour à l’ordre constitutionnel.
Une transition toujours dominée par l’exécutif militaire
Depuis la prise de pouvoir du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), le 5 septembre 2021, la Guinée s’est installée dans un système hautement centralisé. Le chef de la transition, le général Mamadi Doumbouya, en constitue la clé de voûte institutionnelle : il préside les grandes orientations politiques, arbitre les équilibres entre les composantes militaires et civiles et incarne la parole de l’État à l’international.
Ce schéma correspond à une phase classique de consolidation post-coup d’État, où la maîtrise de l’appareil sécuritaire prime sur la collégialité gouvernementale.
Mais près de quatre ans après la chute d’Alpha Condé, le fonctionnement réel du pouvoir tend à se complexifier.
Une visibilité présidentielle plus mesurée
Les apparitions publiques du président de la transition se sont espacées ces derniers mois, se limitant le plus souvent à des séquences protocolaires ou à des événements à forte portée symbolique.
Dans un pays où la présence physique du chef constitue un marqueur essentiel de l’autorité politique, cette évolution alimente interrogations et commentaires, sans pour autant s’accompagner d’indices institutionnels d’un affaiblissement formel de l’exécutif.
En réalité, cette moindre exposition traduit aussi une transformation du mode de gouvernance : la gestion quotidienne des dossiers est de plus en plus assurée par un noyau resserré de collaborateurs civils et militaires.

La montée en puissance du premier cercle
Autour de la présidence, plusieurs figures jouent désormais un rôle central dans :
Cette structuration autour d’un premier cercle décisionnel correspond à une phase de bureaucratisation du pouvoir, fréquente dans les régimes de transition confrontés à des enjeux techniques complexes : programme avec les institutions financières, réforme constitutionnelle, préparation du cadre électoral.
Elle marque le passage d’un pouvoir de rupture à un pouvoir de gestion.
Le poids du précédent Conté dans l’imaginaire politique
Les parallèles régulièrement évoqués avec la fin du régime de Lansana Conté renvoient moins à une situation comparable qu’à un réflexe historique.
La Guinée conserve la mémoire d’un État ayant continué à fonctionner alors que la question de la capacité du chef de l’État à gouverner était devenue centrale. Cette séquence nourrit aujourd’hui une attention particulière portée aux signes d’opacité au sommet de l’exécutif.
Une transition sous pression régionale et intérieure
La redistribution fonctionnelle du pouvoir intervient dans un contexte politique contraint.
À l’extérieur, Conakry reste engagée dans un dialogue étroit avec la CEDEAO, qui attend la mise en œuvre effective du chronogramme de transition.
À l’intérieur, les autorités doivent composer avec :
Dans ce cadre, la multiplication des centres opérationnels de décision apparaît autant comme un mécanisme d’efficacité administrative que comme un outil d’équilibre interne.
La question de la lisibilité du pouvoir
Plus qu’une hypothétique vacance institutionnelle, l’enjeu central réside aujourd’hui dans la lisibilité de la chaîne décisionnelle.
Pour les partenaires internationaux comme pour les acteurs politiques guinéens, la crédibilité de la transition dépend de trois facteurs :
À mesure que la transition avance, la personnalisation initiale du pouvoir laisse place à une architecture plus diffuse, sans que le centre formel de l’autorité ne soit remis en cause.
Un tournant pour la fin de la transition
Cette évolution pourrait préfigurer la prochaine phase politique guinéenne : celle du passage d’un pouvoir militaire de conquête à un pouvoir chargé d’organiser sa propre sortie.
La capacité du système mis en place depuis 2021 à produire un cadre électoral crédible et à intégrer les forces politiques civiles déterminera la nature de l’après-transition.
D’ici là, la question essentielle ne sera pas tant de savoir qui détient formellement le pouvoir que de comprendre comment celui-ci s’exerce, au quotidien, dans un appareil d’État en pleine recomposition.
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