Entretien exclusif avec Maître Abass Bangoura
Dans une grande interview accordée à notre rédaction, Maître Abass Bangoura, juriste et observateur averti de la vie politique guinéenne, a tiré la sonnette d’alarme : « Mamadi Doumbouya sera le déclencheur d’une guerre de sécession en Guinée s’il persiste dans sa démarche ».
Cette déclaration forte intervient dans un contexte de crispation politique marqué par la contestation du projet de nouvelle Constitution. Pour Me Bangoura, l’entêtement du pouvoir actuel à modifier les règles fondamentales du pays sans véritable consensus national ouvre la voie à des tensions majeures qui pourraient menacer l’unité nationale.
De 1958 à 2025 : un long chemin de révisions constitutionnelles
La Guinée, depuis son indépendance en 1958, a connu une succession de constitutions et de révisions profondes. Chaque changement a souvent été lié à des enjeux politiques immédiats plutôt qu’à une vision stable de l’avenir démocratique.
- 1958 : Adoption de la première Constitution sous Sékou Touré, fondée sur un régime de parti unique.
- 1990 : Transition vers une nouvelle Loi fondamentale après des années de régime autoritaire.
- 2010 : Nouvelle Constitution instaurant la IIIe République après la transition militaire.
- 2020 : Révision controversée permettant un troisième mandat à Alpha Condé, source de violences et de divisions.
- 2025 : Le projet actuel sous Mamadi Doumbouya est perçu par une partie de la société civile comme une tentative de confiscation du pouvoir.
La menace d’une fracture nationale
Selon Maître Abass Bangoura, l’histoire constitutionnelle de la Guinée montre que chaque révision imposée unilatéralement a entraîné des crises profondes. Mais cette fois, avertit-il, « le risque est plus grave : il ne s’agit plus seulement de contestations politiques, mais d’un véritable danger de sécession. »
Certains mouvements régionaux et communautaires, déjà fragilisés par les tensions, pourraient exploiter ce climat pour réclamer plus d’autonomie, voire rompre avec l’État central si leurs revendications ne sont pas entendues.
La société civile en première ligne
Face à cette situation, la société civile tente de mobiliser et d’alerter l’opinion nationale et internationale. Elle appelle à une large concertation inclusive afin d’éviter que la Guinée ne bascule dans un scénario à la soudanaise, marqué par la division du pays et des violences prolongées.
Conclusion
L’interview de Maître Abass Bangoura soulève une question centrale : la Guinée, après plus de soixante ans d’indépendance, saura-t-elle enfin se doter d’une Constitution durable, consensuelle et respectée ? Ou bien répétera-t-elle le cycle des crises institutionnelles conduisant à la fragmentation ?























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