La Guinée continue de payer le lourd tribut de son histoire politico-militaire récente. La mort du colonel Claude Pivi, ancien responsable sécuritaire et figure centrale de plusieurs épisodes sombres, intervient dans un contexte déjà marqué par la disparition du général Sadiba Koulibaly et du colonel Célestin. Une succession troublante de décès qui soulève une question fondamentale : qui est réellement à la base des tueries qui ont endeuillé le pays ?
Claude Pivi, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour crimes contre l’humanité liés au massacre du 28 septembre 2009, emporte avec lui des secrets que la justice guinéenne n’a jamais totalement mis au jour. Comme avant lui Sadiba Koulibaly et le colonel Célestin, il disparaît sans que l’opinion nationale n’ait eu accès à toute la vérité sur les chaînes de commandement, les ordres donnés et les responsabilités réelles.
Cette répétition inquiète. Trois officiers de haut rang, tous associés à des périodes de violences graves, morts sans procès exhaustifs, sans aveux complets, sans confrontation publique des faits. Pour de nombreux observateurs, ce schéma renforce le sentiment d’une justice incomplète, voire sélective, incapable de remonter jusqu’aux véritables centres de décision.

Au-delà des individus, c’est le système qui est aujourd’hui interrogé. Les crimes commis relèvent-ils d’initiatives personnelles ou d’un appareil structuré où certains exécutent pendant que d’autres décident, protégés par le silence et le temps ? La disparition progressive des principaux protagonistes prive les victimes et la nation guinéenne d’un droit fondamental : celui de connaître la vérité.
Cette situation intervient alors que le pays s’apprête à tourner une page politique majeure avec l’investiture annoncée de Mamadi Doumbouya. Pour une partie de l’opinion, le contraste est saisissant : pendant que le pouvoir se consolide, les dossiers du passé semblent se refermer sans éclaircissement définitif.
La Guinée est ainsi confrontée à un dilemme historique : bâtir l’avenir sans solder le passé, ou affronter pleinement les responsabilités afin d’éviter la reproduction des mêmes tragédies. Sans vérité, il n’y a ni justice durable, ni réconciliation sincère.
À force de morts successives, ce ne sont pas seulement des hommes qui disparaissent, mais des vérités essentielles que la nation n’aura peut-être jamais l’occasion d’entendre.
BGM-NEWS continuera de suivre cette affaire et de donner la parole à ceux qui refusent l’oubli.