Le Grand débat politique de ce samedi a été marqué par une controverse majeure qui continue d’alimenter les discussions au sein de la classe politique guinéenne. En toile de fond : la possible participation de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) aux prochaines élections législatives et, plus surprenant encore, l’évocation d’une éventuelle fusion du parti dirigé par Elhadj Cellou Dalein Diallo avec la future GMD, le mouvement politique en cours de création, associé au président de la transition, le général Mamadi Doumbouya.
Des déclarations qui font débat
À l’origine de cette polémique, les propos de M. Ibrahima Ben Keita, membre influent de l’UFDG et proche collaborateur de son président. Selon lui, le contexte politique actuel impose à l’UFDG une réflexion stratégique profonde. Il a notamment appelé les militants et responsables du parti à participer aux prochaines élections législatives, estimant que le boycott ne servirait ni les intérêts du parti ni ceux de la démocratie guinéenne.
Mais c’est surtout son ouverture à une possible fusion de l’UFDG dans la GMD qui a retenu l’attention. La GMD, dont le projet de création aurait été confié au Premier ministre Bah Oury, est perçue par certains comme un futur grand parti de rassemblement autour du président de la transition.

UFDG – GMD : convergence ou contradiction ?
Pour de nombreux observateurs, cette hypothèse pose plusieurs questions fondamentales. L’UFDG, principal parti d’opposition depuis plus d’une décennie, s’est construit sur une ligne politique clairement distincte des pouvoirs successifs. Une fusion avec un parti soutenu par les autorités de la transition pourrait apparaître comme une rupture idéologique majeure, voire une perte d’identité politique.
D’autres analystes estiment cependant que la transition actuelle impose une recomposition du paysage politique. Dans cette logique, une alliance ou une fusion pourrait être interprétée comme une volonté d’apaisement, de stabilité institutionnelle et de participation active à la refondation de l’État.
Des positions contrastées sur le plateau
Sur le plateau du Grand débat, les panelistes ont exprimé des avis largement divergents. Certains ont dénoncé ce qu’ils qualifient de manœuvre politique visant à affaiblir l’opposition, en intégrant progressivement ses figures influentes dans un projet proche du pouvoir. D’autres ont appelé à la prudence, rappelant que toute décision de cette ampleur doit impérativement passer par les instances dirigeantes de l’UFDG et par une consultation de sa base militante.
Plusieurs intervenants ont également souligné l’absence de communication officielle de la part de Cellou Dalein Diallo, laissant planer le doute sur la position réelle de la direction du parti face à ces déclarations.
Le rôle du Premier ministre Bah Oury
La mention du Premier ministre Bah Oury dans le projet de création de la GMD a également suscité des réactions. Ancien opposant et acteur clé de la vie politique guinéenne, son implication présumée soulève des interrogations sur la nature exacte de la GMD : simple mouvement de soutien à la transition ou véritable parti politique appelé à jouer un rôle central après la transition ?
Un débat révélateur des tensions de la transition
Au-delà de la question de la fusion, ce débat met en lumière les tensions et les incertitudes qui entourent la transition guinéenne. Participation aux élections, crédibilité du processus électoral, place de l’opposition et avenir des grands partis politiques : autant de sujets qui divisent et interrogent.
Conclusion : un avenir politique encore flou
À ce stade, aucune décision officielle n’a été annoncée concernant une éventuelle fusion entre l’UFDG et la GMD. Toutefois, les déclarations d’Ibrahima Ben Keita ont ouvert un débat profond sur l’avenir du principal parti d’opposition et sur la dynamique politique en Guinée.
Le Grand débat politique de ce samedi aura ainsi eu le mérite de poser les bonnes questions, dans un contexte où la recomposition politique semble inévitable. Reste à savoir si ces hypothèses resteront de simples spéculations médiatiques ou si elles annonceront un tournant décisif dans l’histoire politique récente de la Guinée.