Entre défense de la dignité nationale et procès politique permanent
La tempête politique qui secoue actuellement la Guinée autour des expulsions de migrants depuis l’Allemagne dépasse de loin la personne du ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté.
Elle révèle une question plus profonde : voulons-nous une diplomatie responsable ou une diplomatie émotionnelle ?
Car au fond, le procès qui lui est intenté aujourd’hui est celui d’un homme qui a choisi de dire une vérité impopulaire : un État ne peut pas empêcher indéfiniment le retour de ses propres citoyens en situation irrégulière à l’étranger.
La politique contre les faits
Il est politiquement rentable d’affirmer que le gouvernement « livre les Guinéens ».
C’est un slogan efficace.
C’est aussi une simplification dangereuse.
Les expulsions ne sont pas décidées à Conakry mais à Berlin, dans le cadre des lois allemandes.
Refuser cette réalité, c’est vendre à la jeunesse une illusion diplomatique : celle d’un État africain capable, par la seule volonté politique, de bloquer les décisions souveraines d’une puissance européenne.
Aucun pays au monde ne fonctionne ainsi.
La ligne Kouyaté : dignité avant populisme
Là où le débat devient malhonnête, c’est qu’on passe sous silence les actes posés :
Autrement dit, une ligne claire : coopérer sans humilier.
C’est une position diplomatique difficile, peu spectaculaire, mais responsable.
Car l’alternative proposée par ses détracteurs — le blocage total — aurait des conséquences immédiates :
Qui assumerait cela devant la nation ?
Le populisme migratoire : nouveau carburant politique
Cette affaire marque un tournant : la migration est devenue en Guinée un instrument de mobilisation politique.
Pourquoi ?
Parce qu’elle touche à trois symboles puissants :
Dans ce contexte, chaque expulsion devient un drame collectif, et chaque décision diplomatique est transformée en trahison.
Le ministre paie donc moins pour ses actes que pour ce qu’il incarne : l’État qui rappelle à ses citoyens que l’exil n’est pas un droit automatique.
Une vérité que personne ne veut dire
Le vrai scandale n’est pas l’expulsion.
Le vrai scandale est :
Faire croire que la solution se trouve dans le refus des laissez-passer consulaires, c’est détourner le débat.
La seule vraie réponse est en Guinée :
Morissanda Kouyaté, bouc émissaire ou homme d’État ?
Dans cette affaire, deux visions s’affrontent :
La vision émotionnelle
Un ministre doit dire non, même si ce non est sans effet réel.
La vision d’État
Un ministre doit protéger la dignité de ses citoyens tout en préservant les intérêts stratégiques du pays.
C’est cette seconde voie qu’a choisie Morissanda Kouyaté.
Elle est moins populaire.
Elle est politiquement risquée.
Mais elle est diplomatiquement cohérente.
Conclusion : le courage de l’impopularité
L’histoire politique est souvent injuste avec ceux qui refusent la démagogie.
Dans quelques années, lorsque la poussière médiatique sera retombée, une question restera :
Qui a défendu la dignité des Guinéens dans un rapport de force mondial défavorable ?
Et qui a simplement exploité leur détresse pour marquer des points dans le débat public ?
Discussion about this post