“Cette affaire illustre de manière éloquente les tensions diplomatiques et les défis de gouvernance en Guinée.
Selon le New York Post, depuis le 29 décembre 2025, deux pilotes américains — Fabio Nicolas Espinal Nunez (33 ans) et Bradley Scott Schlenker (63 ans) — sont détenus à Conakry, en Guinée, à la suite d’une escale technique qui aurait mal tourné. Leur arrestation, intervenue alors qu’ils transportaient une famille brésilienne vers Dubaï, pourrait déclencher une crise diplomatique entre les États-Unis et la Guinée, tout en ravivant les inquiétudes liées à la gouvernance sous le régime militaire guinéen et au respect des droits humains.
Le média en ligne Africa Intelligence a été le premier à révéler l’information. Du côté guinéen, aucune communication officielle n’a été faite, ni dans la presse privée ni dans les médias d’État.
D’après le New York Post, les deux pilotes, employés par une société privée de transport aérien, ont atterri à l’aéroport de Conakry pour un ravitaillement en carburant. Selon leurs avocats et les passagers, toutes les procédures auraient été respectées et les échanges avec le contrôle aérien guinéen étaient réguliers.
Cependant, les autorités guinéennes — civiles et militaires — affirment que l’appareil n’avait pas reçu d’autorisation d’atterrissage. Les pilotes ont alors été immédiatement arrêtés et inculpés pour violation de l’espace aérien, atterrissage non autorisé et mise en danger de la défense nationale.

Malgré une décision de la Cour d’appel de Conakry ordonnant leur libération conditionnelle, les procureurs, sous pression de certaines autorités militaires, auraient refusé d’exécuter cette décision. Les deux ressortissants américains demeurent donc en détention, dans l’attente d’un arrêt de la Cour suprême de Guinée.
Les familles des pilotes, soutenues par des élus américains, ont lancé un appel public pour une intervention du gouvernement des États-Unis. La fiancée de Fabio Nicolas Espinal Nunez a qualifié la situation de « très effrayante », évoquant l’épreuve psychologique et émotionnelle que traverse son compagnon, malgré des conditions de détention décrites comme relativement clémentes (accès limité à la nourriture et aux communications téléphoniques).
Cette affaire survient dans un contexte de relations tendues entre Washington et Conakry, marqué par la dépendance économique croissante de la Guinée vis-à-vis de la Chine, devenue son principal partenaire et un acteur dominant dans l’exploitation des ressources minières du pays — fer, or et bauxite — via ses entreprises publiques et privées.
Depuis le coup d’État de 2021, la Guinée est dirigée par un régime militaire régulièrement critiqué pour la répression des manifestations, l’interdiction des rassemblements politiques et les arrestations arbitraires. Des organisations internationales, dont Human Rights Watch, ont documenté des violences contre les manifestants et des restrictions visant les partis politiques, alimentant les doutes sur l’indépendance et la transparence du système judiciaire guinéen.
La détention des pilotes américains s’inscrit dans une série d’incidents ayant attiré l’attention de la communauté internationale sur la Guinée. Pays riche en ressources naturelles et partenaire stratégique de plusieurs puissances, la Guinée suscite néanmoins de fortes inquiétudes chez ses partenaires occidentaux — notamment la France — face à la détérioration de la situation des droits humains et à l’instabilité politique, dans un contexte régional marqué par des ruptures diplomatiques similaires dans le Sahel.
Les États-Unis, historiquement engagés en Guinée dans les domaines de la sécurité, du développement et désormais des minéraux stratégiques, se retrouvent confrontés à un dilemme : concilier leurs intérêts stratégiques avec la protection de leurs citoyens, d’autant plus que des binationaux guinéo-américains, comme l’ancien Premier ministre Kassory Fofana, restent incarcérés.
La pression américaine s’intensifie pour obtenir la libération des pilotes. Des parlementaires américains appellent l’administration Trump à intervenir, tandis que des organisations de défense des droits humains réclament une enquête indépendante sur les conditions de leur arrestation et de leur détention.
De son côté, la Guinée semble maintenir une ligne ferme, au risque d’aggraver les tensions avec Washington, malgré des efforts récents pour améliorer les relations bilatérales, illustrés par la participation guinéenne au sommet sur les minéraux stratégiques et la signature d’un mémorandum d’entente entre Conakry et les États-Unis.
Cette affaire est devenue un symbole supplémentaire des défis auxquels font face les pays africains en transition politique, ainsi que des risques encourus par les étrangers dans des contextes de gouvernance incertaine. Elle souligne également l’importance du respect des normes juridiques et de la coopération internationale pour éviter la répétition de tels incidents.
Reste à savoir si la diplomatie parviendra à désamorcer cette crise ou si le dossier des pilotes américains deviendra un nouveau point de friction durable entre la Guinée et la communauté internationale.”