Conakry – Nouveau rebondissement dans l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles de l’histoire récente de la Guinée. Aboubacar Sidiki Diakité, dit Toumba Diakité, figure centrale du procès des massacres du 28 septembre 2009, a été transféré de la Maison centrale de Conakry vers une prison située à Coyah. Une décision qui suscite interrogations, analyses et spéculations dans l’opinion publique.
Un accusé clé du procès historique
Ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara, Toumba Diakité est l’un des principaux accusés dans le procès relatif aux événements du 28 septembre 2009. Ce jour-là, au Stade du 28 Septembre, des forces de sécurité avaient violemment réprimé un rassemblement de l’opposition, causant la mort de plus d’une centaine de personnes, des centaines de blessés et de nombreux cas de violences sexuelles, selon les organisations de défense des droits humains.
Longtemps en fuite après avoir été accusé d’avoir tiré sur le chef de la junte en décembre 2009, Toumba Diakité avait été extradé du Sénégal en 2017 avant d’être placé en détention préventive à la Maison centrale de Conakry en attendant son jugement.
L’ouverture du procès en 2022 avait été saluée comme un tournant majeur dans la lutte contre l’impunité en Guinée.
Une délocalisation qui soulève des questions
Le transfert du détenu vers Coyah intervient dans un contexte judiciaire toujours sensible. Si les autorités pénitentiaires disposent d’un pouvoir administratif pour organiser la gestion des détenus, le caractère emblématique du dossier rend toute décision hautement symbolique.
Plusieurs hypothèses sont avancées :
L’absence d’explication publique précise alimente les interrogations, notamment parmi les parties civiles et les organisations de défense des droits humains.
Enjeux juridiques et politiques
Sur le plan strictement juridique, le transfert d’un détenu ne remet pas en cause la procédure judiciaire en cours, sauf s’il affecte son droit à la défense ou son accès à ses avocats. Toutefois, dans un dossier aussi chargé symboliquement, chaque décision est scrutée.
Pour les familles des victimes, le procès du 28 septembre représente une étape cruciale vers la vérité et la réparation. Toute mesure perçue comme opaque ou non justifiée peut raviver les tensions et nourrir la méfiance à l’égard des institutions.
Sur le plan politique, cette affaire demeure un test pour la crédibilité du système judiciaire guinéen, régulièrement critiqué par le passé pour son manque d’indépendance et la lenteur des procédures dans les dossiers sensibles.
Un procès au cœur de la mémoire nationale
Au-delà du cas personnel de Toumba Diakité, le procès des événements du 28 septembre 2009 constitue un moment charnière pour la justice transitionnelle en Guinée. Il s’agit d’un dossier emblématique de la capacité de l’État à juger d’anciens responsables militaires pour des crimes graves commis contre des civils.
La délocalisation du détenu vers Coyah ne change pas, en principe, le cours du procès. Mais elle intervient dans un contexte où la transparence, la communication institutionnelle et le respect strict des garanties procédurales restent essentiels pour préserver la confiance du public.
À suivre.